Rédactionnel.
Quasi-Premier ministre en 1986. Quasi-Président en 1993. Édouard Balladur mit en œuvre en France une politique thatchérienne, après que le pouvoir socialiste de 1981 eut testé l’option rigoureusement inverse…
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La politique économique impulsée par Édouard Balladur a marqué au moins trois décennies.
Je veux bien évidemment parler de la privatisation des grandes entreprises publiques dont il fut l’initiateur entre 1986 et 1988 en qualité de Ministre de l’Économie et des Finances, et qu’il accéléra une fois arrivé à Matignon en 1993.
Depuis 1986 et jusqu’à Edouard Philippe en 2019, tous les premiers ministres ont privatisé, socialistes inclus, la palme revenant à Lionel Jospin avec 32 milliards d’euros d’actifs cédés (exprimés ici en devise courante), soit – pour l’ordre de grandeur – environ deux fois le volume opéré sous le gouvernement Chirac de première cohabitation.
Il en est ressorti un paysage économique et industriel totalement métamorphosé : alors qu’en 1983, 3.500 entreprises se trouvaient en France sous le contrôle actionnarial de l’État et employaient 2,3 millions de salariés, elles n’étaient plus, trente plus tard, que 1.444 représentant un effectif global de 800.000 personnes.
Indépendamment de l’avis que l’on peut émettre sur les résultats d’une telle politique, force est de constater qu’elle s’est inscrite dans la durée et que l’après ne ressemble pas à l’avant.
En ce sens, Edouard Balladur fait partie du club restreint sous la Cinquième République des locataires de Matignon, qui furent bien plus que des Premiers ministres : des chefs de gouvernement dont le bilan passera à la postérité.
Laisser une trace durable en tant que Président de la République est déjà si ardu. Alors en tant que Premier ministre…
Enfin, le membre du conseil d’administration que je suis de l’Institut Georges Pompidou dont il fut l’un des fondateurs et présidents, ne peut oublier d’évoquer le rôle qu’a joué Édouard Balladur aux côtés de Georges Pompidou, un rôle peu connu du grand public et historiquement méritoire à au moins deux reprises : la conclusion des accords de Grenelle en mai 1968, et la direction du secrétariat général de l’Élysée de 1973 à 1974, durant laquelle la Présidence de la République n’a jamais cessé de fonctionner malgré la maladie qui allait terrasser le Chef de l’État au pire moment des chocs pétroliers.
J’ai assisté pour la première fois de ma vie à une conférence publique d’Édouard Balladur au début de l’année 1993 (c’était au pôle productique de Saint-Etienne) alors qu’il s’apprêtait à devenir Premier ministre… et les dernières fois se situent à Paris une trentaine d’années plus tard, bien évidemment lors de ses interventions et témoignages réguliers au sein de l’Institut Pompidou.
Entre ces deux bornes temporelles, l’époque n’est plus la même. Pourtant quand je relis dans son Dictionnaire de la Réforme paru en 1992, la définition qu’Édouard Balladur apportait alors au terme « Modération » (p. 188), je me dis que le débat public actuel gagnerait profondément à s’en inspirer :
« Modération : intelligence d’un monde où rien n’est acquis pour toujours, où c’est l’équilibre des contraires qui permet de fonder dans les faits la volonté de changement ».
« Inutile de violenter les réalités : elles auront le dernier mot ».
Pour en savoir plus – Édouard Balladur dans « L’Heure De Vérité » | 06/01/1988 | Archive INA






