Rédactionnel.
L’exercice du droit légitime à manifester, même des plus jeunes, devrait les pousser à un éveil des consciences. A commencer par la leur, pour ne plus être les pions d’un jeu qui les dépasse…
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L’école peut être un lieu d’éveil de la conscience politique, mais certainement pas un terrain d’insurrection.
Ce rappel des fondamentaux républicains vaut autant pour le Lycée que l’Université.
Que les futurs bacheliers dénoncent la fragilité des moyens mis à la disposition de l’Éducation nationale. Qu’ils en débattent. Qu’ils s’en alarment publiquement et relaient leur constat à travers leurs délégués au sein des instances représentatives et consultatives de la vie lycéenne. Qu’ils aillent même faire, s’ils le souhaitent à l’issue de discussions qu’ils auraient jugé infructueuses, un sit-in dans la cour de leur établissement en guise de protestation.
Aucune de ces actions ne pose problème. Toutes font parties d’un apprentissage et d’un exercice normal de la vie démocratique qui leur est due, même s’ils sont encore mineurs.
Mais à partir du moment où leurs inquiétudes deviennent le prétexte à l’exercice immédiat de la violence politique, on atteint un point critique, une limite dont on ne peut accepter le franchissement.
Tout d’abord par respect du droit d’autrui à ne pas vouloir manifester. Majoritaires ou non, il existe toujours quelques élèves qui tiennent à ce que leur cours ait lieu, à ce qu’ils puissent l’assimiler et se préparer à obtenir une mention au bac, ainsi qu’un profil pour Parcoursup qui leur permettra en termes d’orientation, de ne pas devenir les victimes expiatoires d’un algorithme mal calibré.
Quant aux meneurs, ceux qui cassent, ceux qui brûlent, non seulement il convient de rappeler à leurs parents que sur le plan civil, ils restent pleinement responsables des actes de leurs enfants, et surtout à l’opinion qu’en général, aucun de ces mouvements contestataires n’est spontané.
Il y a pratiquement toujours derrière les visages poupins de ces apprentis Che Guevara, auxquels en tant que parents nous sommes prêts à pardonner bien des écarts au nom de l’adage il faut que jeunesse se passe, des forces obscures beaucoup moins candides, certainement pas naïves, des forces qui excitent, pour ne pas dire qui poussent au crime. On trouvera ces agents de la subversion dont le courage est inversement proportionnel à leur camouflage, du côté de ceux qui disposent d’un intérêt politique, relevant bien souvent de la pure stratégie électorale, au chaos et à la matérialisation d’une situation prérévolutionnaire dans le pays.
Qu’il est facile de pousser un jeune de seize ans à défier l’ordre établi.
Il n’y a pas besoin de beaucoup d’efforts pour l’inviter à la rébellion et lui faire croire aux gloires d’un Spartacus d’un soir. Cette posture propre aux premières fois se trouve dans l’ordre des choses, d’autant plus que financièrement, rien ne s’avère plus simple : un lycéen ou un étudiant qui manifeste et qui – entre guillemets – se « met en grève » en n’allant pas en cours, ne peut juridiquement se voir qualifié de la sorte : son choix certes politique sur le plan de la symbolique, n’entraine aucune incidence financière à son encontre, puisque nul n’est payé à apprendre et ce où que ce soit dans le monde, sauf à être débiteur de son organisme mécène. En jouant au Gavroche des temps modernes, il cherche surtout à passer des moments de franche rigolade avec sa bande de camarades, qui dans trente ans consisteront autant de souvenirs de jeunesse magnifiés, des reliques mémorielles d’un passage de rites initiatiques.
On n’en voudra pas à cette jeunesse qui d’une certaine manière effectue là ses classes, pour reprendre une métaphore militaire. Bien d’entre nous sont passés par là.
Par contre, à celles et ceux qui usent et abusent de la position d’autorité que leur confère leur statut d’enseignant, celles et ceux qui font croire à nos enfants que pour une fois au lieu d’être sévère en matière de notation, ils se trouveront de leur côté. À celles et ceux qui les laissent aller faire à leur place dans la rue, un bazar pas toujours aussi joyeux qu’on le croit, qui, eux, officiellement ne seront pas considérés sur le plan juridique comme grévistes, et qui de ce fait, assis confortablement dans leur salle de classe pratiquement vide faute d’élèves – ils manifestent au même moment dans la rue – percevront bel et bien à l’euro près l’intégralité de leurs émoluments.
À celles et ceux qui se contrefichent de livrer en pâture des mineurs aux forces de l’ordre bien embêtées et auxquelles le pouvoir explique depuis mai 1968 et encore plus depuis la tragédie de Malik Oussekine en 1986, qu’un État démocratique ne réprime pas sa jeunesse par la matraque.
À celles et ceux qui souhaitent apporter à travers leur inaction leur propre contribution à la préparation du terrain en vue de la victoire aux prochaines élections présidentielles puis législatives, du parti de leurs copains, pour ne pas dire des coquins, qui leur ont promis une augmentation de salaire dès juillet prochain, alors que ceux-ci savent pertinemment qu’ils ne pourront honorer un tel engagement pour cause de naufrage budgétaire de la puissance publique, et donc leur mentent éperdument.
À celles-ci et ceux-là : au mieux, vous êtes de dangereux irresponsables. Au pire, la bassesse de votre geste vous disqualifie sur le plan éthique.







